Affichage des articles dont le libellé est état des lieux. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est état des lieux. Afficher tous les articles
dimanche 17 septembre 2017
L'œil et le réel
Mardi
Un jour en Corse, près de Figari. Sur la plage, nos hôtes ont organisé un spuntinu, comme on dit ici quand on prend du bon temps en même temps que le maquis. Autour du feu de bois, figatelle et vin de Sartène. Le ciel est une flanelle mitée de trouées solaires. La mer est en peau de taupe. Des blocs de granit rose encadrent la forêt d'arbousiers. Le genre de paysage que n'aiment pas les peintres : le travail est déjà fait. Une tour génoise veille, elle nous survivra. Soudain les invités lèvent la main dans un même mouvement. Ils prennent des photos, brandissent l'appareil à bout de bras. Ce geste, c'est le symbole de notre temps, la liturgie moderne. La société du spectacle a fait de nous des cameramen permanents. Quelle étrange chose, cette avidité de clichés, chez des gens qui se pensent originaux. Quelle indigestion, cette boulimie d'images. Plus tard, ils regarderont les photos et regretteront que le moment consacré à les prendre leur a volé le temps où ils auraient pu s'incorporer au spectacle, en jouir de tous leurs sens et, le regard en haleine, célébrer l'union de l'œil avec le réel.
Sylvain Tesson, Une très légère oscillation, Journal 2014-2017, Éditions des Équateurs, 2017, page 14.
jeudi 3 novembre 2016
En marchant...
" Les buis luisaient, cirés de lumière. Les toiles d'araignées cédaient à mon passage, sceaux de virginité du chemin. Les enclos de pierre se succédaient. Ils représentaient les travaux de ces jours où les hommes, marchant dans les forêts, n'étaient pas des usagers d'espaces arborés. Ces vestiges rehaussaient la solennité de l'ombre. Le chemin déboucha sur une perspective. Le Comtat se déployait, rayé d'asphalte. La rumeur des moteurs s'élevait. Dans mon dos : le lent aménagement des abris pastoraux. Devant moi : routes et voies zébrant la vallée où circulaient bêtes, hommes et marchandises. Dans le ravin, le monde d'hier. Vers le sud, le présent et déjà l'annonce des zones périurbaines avancées au pied du Ventoux. La conquête du territoire français par ce nouvel habitat avait été rapide. Quelques années suffirent à la chirurgie esthétique de la géographie. En 1945, le pays devait se relever. Redessiner la carte permettait de laver les hontes de 1940. La prospérité nouvelle assura le projet. L'État logea les enfants du baby-room. Les barres d'immeubles poussèrent à la périphérie des villes. Puis, il fallut étaler l'urbanisme, comme le disaient les aménageurs. Leur expression était logique puisque le béton est liquide. L'heure fut au désenclavement. La ville gagnait du terrain. Ce fut le temps des ZUP dans les années 1960, des ZAC une décennie plus tard. Les autoroutes tendirent leurs tentacules, les supermarchés apparurent. La campagne se hérissa de silos..."
Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs, Éditions Gallimard, 2016, p 60-61.
Libellés :
défaites et victoires,
en écrivant,
en marchant,
état des lieux,
l'écriture,
l'Histoire,
la lecture,
la littérature,
la terre,
le passé,
le temps,
les hommes,
Sur les chemins noirs,
Sylvain Tesson
mardi 26 janvier 2016
Aucun enfant n'est une île
« ... Dans le tumulte de l'heure de pointe, c'était son moi idéal qu'elle entendait, la pianiste qu'elle ne deviendrait jamais, interprétant sans fausse note la Partita n° 2 de Bach.
Il avait plu presque chaque jour de l'été, les arbres du quartier semblaient avoir enflé, leur feuillage s'être étoffé, les trottoirs étaient lessivés et lisses, les voitures du concessionnaire de High Holbron impeccables. La dernière fois qu'elle l'avait vue, la Tamise à marée haute enflait elle aussi, d'un brun plus foncé tandis qu'elle montait, maussade et rebelle, à l'assaut des piles de ponts, prête à envahir les rues. Mais tout le monde poursuivait sa route bon gré mal gré, déterminé, trempé. Le jet-stream déréglé, poussé vers le sud par des facteurs incontrôlables, bloquait la douceur estivale en provenance des Açores, attirait l'air glacial du Nord. Conséquence du changement climatique causé par l'homme, des perturbations provoquées dans les couches supérieures de l'atmosphère par la fonte des calottes glaciaires, ou d'une suractivité des taches solaires qui n'était la faute de personne, ou encore des variations naturelles, des cycles récurrents, du destin de la planète. Ou bien de ces trois facteurs à la fois, ou seulement deux. Mais à quoi bon se perdre en explications et en théories si tôt le matin ? Fiona et le reste de Londres avaient du pain sur la planche. »
Ian McEwan, L'intérêt de l'enfant, Éditions Gallimard 2015, p 54/55.
Libellés :
divagations,
Éditions Gallimard,
état des lieux,
Ian McEwan,
L'intérêt de l'enfant- roman,
le climat,
le réel,
le temps,
le temps qu'il fait,
lecture,
littérature
mercredi 14 octobre 2015
Et si nous résumions ...
La sagesse stoïcienne nous apprend qu'il y a des choses qui dépendent de nous et d'autres qui n'en dépendent pas; nul besoin, donc, de récriminer ou de lutter contre ce qui ne dépend pas de nous, il faut y consentir - Nietzsche dirait : le vouloir et l'aimer. Être né, devoir vieillir, avoir à souffrir, perdre ceux qu'on aime, voir son corps se défaire doucement mais sûrement avec les ans, disposer de telle ou telle constitution physique et psychique plus ou moins avantageuse, de même avec le tempérament libidinal, - voici un donné sur lequel nous n'avons aucun pouvoir.
Michel Onfray, Cosmos, Michel Onfray et Flammarion, 2015, page 118.
Un état des lieux...
Michel Onfray, Cosmos, Michel Onfray et Flammarion, 2015, page 118.
Un état des lieux...
Inscription à :
Commentaires (Atom)